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- 5. JUL 2009, "Revue musicale de Suisse Romande", par Claudio
Poloni
"RACHEL KOLLY D’ALBA, LA PASSION FAITE
VIOLON"
Lorsque Rachel Kolly d’Alba entre sur scène, sa seule
présence suffit à électriser l’auditoire, tant sa silhouette
longiligne et surtout ses longs cheveux roux irradient. Et quand
elle tire les premiers sons de son violon, nous voilà confortés
dans notre première impression: à l’incandescence de la
coiffure correspond bel et bien un tempérament volcanique, une
flamme dans l’interprétation. Mais les apparences peuvent
être trompeuses car la jeune artiste vaudoise sait aussi rester
parfaitement maîtresse d’elle-même. Ainsi lorsque début mai à
la Tour-de-Trème, en plein concert inaugural de l’Orchestre
de Chambre Fribourgeois, son violon italien de 1730 s’est
désaccordé, elle a le plus calmement du monde réaccordé son
instrument en lançant avec humour au public. « ça arrive avec
les vieux violons ! », puis elle a reprit le cours de la
partition comme si de rien n’était, alors que d’autres
auraient pu perdre totalement leurs moyens.
Ce jour là, Rachel Kolly d’Alba interprétait le troisième
concerto de Saint-Saëns, pièce emblématique de sons
répertoire. « Je suis fan de musique française, plus
particulièrement Debussy, Fauré et Ravel. En fait, j’adore
tout le répertoire du début du siècle dernier. Je suis frustrée car
aucun de ces compositeurs n’a écrit de concerto pour violon.
Seul Fauré en a composé un, que je vais bientôt enregistrer, mais
qui n’est pas connu. Heureusement que nous avons la symphonie
espagnole de Lalo et les concerti de Saint-Saëns qui sont un beau
mélange entre lyrisme et puissance. »
Précoce, Rachel Kolly d’Alba a voulu commencer le violon à
l’âge de deux ans déjà. Son père, directeur des émissions
religieuses de la télévision et de la radio, l’emmenait
écouter l’Orchestre de chambre de Lausanne dans les studios
de la Sallaz. « Chaque concert était une grande fête. On y
allait bien habillée. Ce qui me fascinait était d’entendre le
violon solo émergeant au dessus de l’orchestre. » A
force de persévérance, elle obtient son premier violon à
l’âge de cinq ans. Jusqu’à mon entrée au Conservatoire,
c’était un jeu. Ensuite tout est allé très vite. « A
douze ans, lorsque j’ai gagné le concours des Jeunesses
Musicales, j’ai dit à mes parents que je voulais devenir
violoniste professionnelle. ». Avec la bénédiction de
papa et maman, qu’elle ne remerciera jamais assez, elle
quitte l’école à quinze ans, avant même l’obtention de
son certificat, pour se consacrer entièrement à son instrument.
« la meilleure décision que j’ai jamais prise ».
Aujourd’hui, à 28 ans, elle récolte les fruits de sons
travail et de son abnégation, mais aussi de son enthousiasme et de
sa passion, enchaînant les concerts - une centaine par an - et les
séances d’enregistrement. Des projets importants sont
d’ores et déjà fixés dans les années à venir dans des salles
prestigieuses et avec des chefs réputés. Rachel Kolly d’Alba
est désormais une valeur montante du violon et sa carrière semble
bien lancée. « Je ne voudrais pas avoir de regrets. Je vis
à fond mon métier qui me nourrit totalement. Je me sens une femme
complète avec mon violon. Et j’aime l’adrénaline des
concerts, j’aime ces instants ou on sait pourquoi nous sommes
sur terre, pourquoi nous faisons ce métier. Mais à ces moments
d’extase succèdent les moments où nous nous retrouvons tout
seuls, et le passage est difficile à gérer. »
Pour réussir la transition délicate entre vie d’artiste et
vie de tous les jours, Rachel Kolly d’Alba peut trouver
refuge auprès de sa famille. Mais la jeune maman (...) a encore
bien d’autres cordes à son violon. En pleine crise
financière, elle a mis sur pied ce printemps à Montreux, le premier
« Riviera Festival » qui combinant musique classique,
tango ... mais aussi soirées gastronomiques et colloques
scientifiques!. « J’ai eu envie de mélanger les arts
et les publics. d’attirer un nouvel auditoire vers le
classique ». Pari gagné puisque les deux prochaines
éditions sont déjà agendées pour 2010 et 2011. Un autre pôle de sa
vie est la musique contemporaine, à laquelle elle voue davantage
qu’un simple intérêt. J’essaie toujours d’inclure
des pièces modernes dans mes programmes. Sur le papier, la musique
contemporaine c’est bien sympathique mais pour la comprendre
vraiment il faut l’écouter, il faut la vivre. Débordante de
projets, Rachel Kolly d’Alba, aurait elle encore le temps
d’exaucer un rêve? « J’adorerais jouer avec
Charles Dutoit. J’espère qu’il a reçu mon
dossier ...». On ne peut que le lui souhaiter, quand on
sait que le chef suisse sera très présent ces prochaines années
dans la région tant au Festival de Verbier qu’au Septembre
musical de la région Montreux-Vevey.
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