21. FEB 2008, "la Gruyère", Lara Gross

(Photo Claude Haymoz)
RACHEL KOLLY D’ALBA
«Je vis avec mon violon»
Une chevelure rougeoyante, un tempérament de feu, la violoniste Rachel Kolly d’Alba irradie. La jeune femme, originaire de La Roche, sera demain soir en concert à l’église Sainte-Claire de Vevey, avant d’entamer l’enregistrement d’un CD à Fribourg.
«J’ai un rapport à la fois d’amour et de haine avec mon violon.» C’est un lien insondable et inextricable qui unit Rachel Kolly d’Alba à son instrument. Pourquoi le violon? «Cela reste un mystère, avoue-t-elle. Dès l’âge de 2 ans, j’ai réclamé un violon.» Une passion précoce, qui habite plus que jamais son âme. Elle tient bon face à ses parents et obtient son premier violon à l’âge de 5 ans. Haute comme trois pommes, mais un caractère déjà bien trempé: «Lorsque je l’ai reçu, j’ai répliqué que j’en avais rêvé toute ma vie.»
Une histoire d’amour était née. Rachel Kolly d’Alba ne se défait plus de son violon. «Je vivais et je dormais avec mon instrument. Je ne suis jamais partie en voyage d’étude, c’était inimaginable pour moi de m’en séparer.» Un amour exclusif auquel elle consacre la majeure partie de son temps. «Je m’entraîne entre sept et huit heures par jour. C’est à force de travail que les gestes deviennent des automatismes et que je peux ensuite me donner à 100% pendant mes concerts.» Un travail indispensable pour assurer la qualité de ses prestations en concert, mais aussi un atout pour mieux gérer le stress. «Au début, j’avais vraiment le trac à en être malade avant de monter sur scène. Aujourd’hui, ce trac me motive, je l’utilise pour me surpasser.»
Virtuose de la vie
La jeune femme, âgée de 26 ans, est aujourd’hui reconnue comme l’une des meilleures violonistes de Suisse. Un parcours sans fausses notes qu’elle doit à sa persévérance, mais aussi au soutien inconditionnel de son entourage. Elle décroche son premier prix à l’âge de 12 ans. A la fin de sa scolarité obligatoire, Rachel Kolly d’Alba choisit le violon et quitte l’école. Ses parents suivent leur fille et la présentent à plusieurs professionnels pour juger son niveau. Les avis sont unanimes, la pétillante violoniste doit consacrer tout son temps à son talent. «Je viens d’une famille catholique très pratiquante. Mes parents m’ont toujours bien encadrée. Ils ne m’auraient jamais laissée me lancer au petit bonheur.» Elle part pour Berne, où elle obtient son diplôme de soliste. Sa musique lui permet ensuite de parcourir l’Europe et le monde: Paris, Salzbourg, Buenos Aires et bien d’autres destinations. «J’aime les grandes villes, bourlinguer d’hôtel en hôtel, mais la Suisse reste mon port d’attache.» Des attaches qu’elle conserve également avec la Gruyère, terre de ses origines. «Mon père est le seul à s’être “expatrié” en s’installant à Lausanne. Le reste de la famille est toujours domicilié dans le canton de Fribourg.» Un canton avec lequel la violoniste conserve des liens étroits. «Mes grands-parents parlaient le patois gruérien, ça m’a toujours fascinée. D’ailleurs, adolescente, je rêvais d’apprendre le patois plutôt que l’anglais.» Une relation passionnelle unit Rachel Kolly d’Alba à son violon. Aujourd’hui, la virtuose écrit sa propre partition. Elle est une épouse, mais aussi une maman comblée. «Cette stabilité dans ma vie privée me donne encore plus d’énergie pour la musique. Les hasards de la vie m’ont amenée à fonder un foyer très tôt. Je vis ça comme un formidable défi et non comme un frein à ma carrière.» Une carrière qui semble promise à un bel avenir. Les projets de la violoniste foisonnent. «En 2008, je me suis fixé comme objectif de repousser toutes les limites. J’ai choisi des pièces difficiles et j’en joue un très grand nombre. C’est plutôt rare de jouer plusieurs concertos lors d’un même concert. Je me lance dans une sorte de marathon.» Des objectifs et un talent payant, la jeune femme arrive aujourd’hui à vivre de sa
musique. Lara Gross
Stradivarius hors de prix: La violoniste Rachel Kolly d’Alba tient à son violon comme à la prunelle de ses yeux. «J’ai un instrument italien qui date de 1750. Je ne le prête jamais.» Pas question pour la virtuose de posséder un célèbre stradivarius. «C’est le plus connu du grand public, mais il est totalement hors de prix pour un artiste. Il coûte entre 2 et 15 millions de francs.» Le plus souvent, les propriétaires de telles œuvres d’art sont les banques ou les assurances. C’est donc le système du prêt et du mécénat qui est le plus fréquemment pratiqué dans le milieu...
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